Monday, December 08, 2014

Prépapier : l'explosif rapport de la CIA sur la torture



Fruit de trois ans d'enquête, il fait la lumière sur le programme secret utilisé pour interroger des militants présumés al-Qaida et donne des détails sur la simulation de noyade ou la privation de sommeil. Les républicains sont vent debout.

On ne connaît pas encore les détails, mais craignant qu’ils suscitent une flambée de sentiments anti-américains, Washington a déjà mis en place mesures de sécurité renforcée autour de ses bases et de ses ambassades. Attendue depuis huit mois, la synthèse parlementaire sur les méthodes de torture de la CIA après les attentats du 11-septembre 2001 va être mise en ligne mardi. Le texte sera accompagné des remarques critiques de la CIA et des républicains, hostiles à une publication.

Le rapport, qui décrit les méthodes utilisée par la CIA pour interroger les militants présumés d’al-Qaida dans le cadre du programme "Rendition, Detention and Interrogation" autorisé par l’administration Bush, a été rédigé par la commission du Renseignement du Sénat. Originalement bi-partisane, les républicains se sont rapidement désolidarisés de l’initiative. Le texte de 500 pages a été approuvé à huis clos en décembre 2012. Le princvipe de sa publication accepté en en avril dernier. Cette synthèse est une version expurgée et censurée d’une évaluation de 6.000 pages qui a demandé plus de trois ans d’enquête entre 2009 et 2012.

D‘après les sources ayant eu le rapport entre les mains, celui-ci décrirait en détails la mort de détenus lors d’interrogatoire et les mesures d’intimidation prises pour les faire parler. Le cerveau de l’attentat contre le porte-avion USS Cole, Abdel Rahman al Nashiri, a ainsiété nargué avec une perceuse électrique. Si la perceuse n’a jamais été employée sur lui,  cette figure d’al-Qaida a été soumise au bruit de l’engin. Un autre détenu a été menacé d’abus sexuels, ses geôliers lui mettant un balai sous le nez.

Le texte devrait aussi lever le voile sur le recours aux gifles, au froid, aux simulations de noyade et à la privation de sommeil.  Si cette dernière tactique était autorisée, elle a parfois été poussée au-delà du raisonnable. Un Palestinien a été interrogé sans discontinuer et empêché de dormir pendant cinq jours. Face à ce type de débordements, la pratique a été plus fermement encadrée à partir de 2003. Plusieurs détenus ont aussi été soumis à des simulacres d’exécution ce que n’avaient jamais validé les experts juridiques de l’administration Bush.

« Grande hypocrisie des politiques »

Bilan ravageur, le rapport estimerait que ces interrogatoires musclés n’ont pas permis obtenir des informations pertinentes, notamment pour retrouver la trace d’Oussama Bern Laden, qui vivait caché au Pakistan, et que la CIA aurait sciemment menti au Congrès sur l’étendue et l’efficacité de la torture.

Les conclusions du rapport sont "choquantes", avait prévenu Dianne Feinstein, présidente démocrate de la commission, au printemps dernier. Elle évoquait « de terribles erreurs" tandis que Barack Obama regrettait « des techniques que toute personne honnête devrait considérer comme de la torture ». « Nous avons franchi une ligne », déplorait-il. C’est à la Maison-Blanche et à Dianne Feinstein que l’on doit la publication du document, transparence qui a mis vent debout les républicains.

"Nous avons la chance d'avoir des hommes et des femmes qui travaillent dur à la CIA, ce sont des patriotes", a défendu l’ancien président George W. Bush qui regrette un rapport "hors sujet". Son vice-président Dick Cheney, qui a toujours défendu la CIA a juré que « si c’était refaire, il ne changerait rien. « Je ne crois pas que la CIA ait déformé la réalité. Il ne faut pas oublier que notre objectif était d’éviter un nouveau 11-Septembre », assure-t-il.

Le président républicain de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, a jugé que publier ce rapport était "une très mauvaise idée". "Nos services ont estimé que cela allait entraîner des violences et des morts", a-t-il mis en garde. La crainte semble même avoir été partagée par une partie de l’administration Obama : le secrétaire d’Etat John Kerry a en vain plaidé auprès de Dianne Feinstein pour qu’elle change d’avis

Dans une tribune publiée en fin de semaine dernière dans le Washinston Post, Jose Rodriguez, ancien responsable de ce programme au sein de la CIA, a pour sa part dénoncé la "grande hypocrisie" des politiques sur ce dossier.  "Nous avons fait ce qui nous a été demandé. Nous savons que cela a été efficace", a-t-il plaidé. "Une décennie plus tard, en guise de récompense nous entendons certains de ces mêmes politiques faire part de leur indignation et - pire - déformer les faits et minimiser les succès obtenus".


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