Tuesday, November 30, 2004

Les confessions de Philippe Labro

Catherine Vincent: une spécialiste de l'actualité des media. Elle désirait un portrait de Philippe Labro qui venait animer notre causerie au coin du feu du jeudi soir. Au départ, le sujet de cette discussion devait être "Direct 8" la future chaine TNT de Vincent Bolloré dont labro assure la présidence mais très vite cette séance s'est révélée être un hors sujet complet où à toutes nos questions, Philippe nous récitait sa vie et son oeuvre en nous recommandant maintes fois la lecture de ses chefs d'oeuvre! Bref, deux heures de comtemplation d'un des égos les moins modestes de Paris. A la remise des copies, la prof n'a pu nous mettre une note tant nous avions été incapable de répondre à son angle! A ce titre, à l'occasion du 1er avril, libération a fait unpoisson hilarrant "Un de nos leteurs nous a informé que vers trois heures du mat', direct 8 a expérimenté des problèmes de diffusion, Vincent Bolloré a alors repris l'antenne et a passé les deux heures qui suivent à lire à haute voie le dernier roman de Philippe labro". Blague qui résume à elle toute seule le personnage "larger than life"! Et j'étais si peu inspiré par l'exercice que mon pooopa m'a donné un grand coup de main sur celui-là!

Souriant, élégant, costume anthracite et chemise bleu pâle, le cheveu blanchi mais le brushing impeccable, c’est un Philippe Labro tiré à quatre épingles qui pénêtre dans la « newsroom » de l’école de journalisme de Sciences Po, avec trente minutes de retard dont il s’excuse. L’auditoire attend de cette figure historique du métier qu’il lui fasse partager son expérience d’une carrière atypique et multiple qui l’a vu tour à tour ou simultanément reporter de presse écrite et de télévision, animateur puis patron d’une grande radio, cinéaste, parolier, romancier.

Mais d’abord, petite leçon de journalisme d’un aîné à ses cadets. Relevant et corrigeant au passage quelques inexactitudes dans sa biographie, Labro dénonce l’ennemi : l’approximation. « Notre domaine est celui des faits, il faut toujours vérifier ses sources, en avoir au moins deux, sinon on n’est plus que dans l’hypothèse ».

Entre presse écrite et audiovisuel, Philippe Labro ne choisit pas. « J’ai toujours eu le goût d’écrire, j’ai toujours eu la curiosité du monde », dit-il, »je suis entré en journalisme avec une envie de savoir, de m’exprimer et de me montrer. J’ai été saisi très tôt par le bug du journalisme ».

Un bug, vraiment ? En tout cas une vocation précoce puisque c’est à treize ans que, vainqueur d’un concours organisé par Le Figaro, il dirige Le Journal des jeunes, supplément du quotidien publié le temps du Salon de l’Enfance. Après quoi, titulaire d’une bourse Fullbright, il découvre les Etats-Unis où il étudie et pratique le journalisme dans le cadre d’une filière alors très novatrice. De retour en France, il se sent le devoir de participer à la guerred’Algérie, « expérience commune à toute une génération » Collaborateur du journal de l’armée, Bled , il frappe à toutes les portes et son audace est récompensée puisque il est engagé à Europe 1, dès 1956, puis est distingué par Pierre Lazareff, directeur légendaire de France-Soir qui le sacre, à vingt ans à peine passés, comme grand reporter. De là, il passe, toujours avec « Pierrot les bretelles » à la non moins légendaire émission des Cinq colonnes à la Une. Il y couvre de nouveau, mais cette fois come jornaliste à part entière, la guerre d’Algérie, bravant pressions politiques et menaces physiques. « Je vivais dans la précarité et la sensation d’un danger permanent ».

Puis c’est la radio, « école du direct et de la spontanéité, qui exige un contrôle permanent de soi-même face à toutes les surprises du direct », et l’irrésistible ascension jusqu’au poste de directeur de RTL qu’il occupera pendant plus de quinze ans. « Etre patron, ça se mérite », plaisante-t-il. Mais autant Philippe Labro est disert sur sa trajectoire et ses succès, autant il est discret sur les coulisses du spectacle. A un élève qui lui demande s’il n’a jamais subi de pressions des industriels propriétaires de RTL, il ne répond que par un silence peu éloquent. De même se contente-t-il, à propos de Cinq colonnes, de proclamer, sans autres précisions, de proclamer qu’il n’a jamais failli à la déontologie.

Ayant ainsi, élégamment, botté en touche, Philippe Labro est manifestement heureux qu’on le ramène sur le terrain de l’écriture, sa grande passion. N’a-t-il pas, en sacrifiant à l’art du portrait, avant-hier dans les colonnes de France-Soir, hier à la télévision dans Ombres et lumières, jeté des passerelles entre littérature et journalisme ? Pour lui, il n’y a pas de différence, ni de style ni de dignité entre l’une et l’autre. Le journalisme est la continuation de la littérature à travers d’autres médias et vice versa. Du reste, a-t-il jamais fait autre chose que de faire de sa vie un roman qu’il a mis dans ses livres ?

Derrrière la désinvolture de l’homme blasé, derrière l’assurance de l’homme qui a réussi, derrière l’apparente décontraction du grand baroudeur, on devine une fragilité, une angoisse, des interrogations dont Philippe Labro ne fait pas mystère. N’a-t-il pas consacré son drnier ouvrage àsa lutté contre la grande dépression, pas celle de 1929, celle qui frappe chacun d’entre nous, ou presque ? « Je sais écrire, j’ai vouu raconter une épreuve que traverse un Français sur cinq. Mon témoignage pouvait les aider ». Et d’inviter à lire ce livre, et tous ses autres livres, d’ailleurs, dont les titres ont émaillé son intervention.

C’est là, la plume à la main, qu’il se confie, plus qu’au micro ou devant les caméras. Actuellement consultant auprès de Vincent Bolloré pour le compte de qui il travaille au lancement de Direct 8, Philippe Labro ne s’étendra pas sur ce projet, pas plus que sur la grande aventure de la télévision numérique terrestre (TNT). D’ailleurs, il est temps de lever la séance. On n’en saura pas davantage ni sur ce sujet ni d’ailleurs sur la réalité du journalisme. Labro pratique en grand professionnel l’art de parler d’abondance, en particulier de ce qu’il a publié, et d’en dire le moins possible sur ce qu’il a vraiment vécu au long d’un demi-siècle de journalisme.

Monday, November 29, 2004

Paris tout accessible : le défi

Chol/Kravetz/Muhlmann : Une autre enquête de terrain pour le trio effectuée en duo cette fois avec Sarah. Au centre du projet un cahier spécial sur les politiques publiques de la ville de Paris à mi-mandat de Bertrand Delanoe. Ce sujet me concernant personnelement, je n'ai pas hésité à enfourcher le cheval de bataille! Un papier cocasse où nous avons courru pendant deux semaines desespérement derière un responsable dela ville de Paris pour que celui-ci nous accorde une interview! Très vite nous avons retenu l'idée d'une architecture en deux temps: papier général et encadré spécialisé. Fascinant ausside voir aussi la rapidité avec laquelle Sarah travaille en une matinée, les interviews furent bouclées et le papier commencé et achevé!



Paris tout accessible : le défi

« Un enjeu de société majeur : traiter dignement les personnes handicapées. [Cet enjeu] est au cœur d’un projet collectif qui engage chaque citoyen ». Ces mots sont tirés de la communication de Bertrand Delanoë du 7 juin 2004, en direction des personnes handicapées.

Les grands progrès de la mobilité

C’est que le Maire de Paris affiche une volonté évidente d’améliorer les conditions de vie des personnes handicapées dans la capitale. La communication du conseil de la ville ne fait pas moins de 11 pages de promesses ambitieuses mais pourtant essentielles. Transports, intégration, accès à la culture, solidarité… aucun champ d’action n’est oublié. Du moins sur le papier.

Dans les faits, un champ particulièrement visé, celui de la mobilité. De toute évidence, c’est ce poste qui mobilise le plus les crédits de la Mairie de Paris. Des crédits qui ont été multipliés par dix depuis l’arrivée du maire socialiste à l’Hôtel de Ville, passant de 2,4 millions d’euros à 25 millions d’euros (hors aides sociales) votés en 2004. La preuve matérielle pour le cabinet de Pénélope Komitès, adjointe au Maire chargée des personnes handicapées, que Bertrand Delanoë est décidé à changer les choses pour les personnes en situation de handicap.

« On ne parle pas de promesses, mais d’engagements. Globalement, notre politique est basée sur ‘l’intégration’ des personnes handicapées. Quand on voit la part du budget consacrée aux personnes handicapées être multipliée par dix, c’est une vraie démonstration de volonté », affirme Frédérique Tarride, conseillère technique à la Mairie de Paris.

Depuis 2001, les travaux s’enchaînent, pour moderniser les transports, la voirie. « Nous faisons un travail évident sur la mobilité et les déplacements. Il s’agit de mettre des bandes podo-sensorielles, et des feux sonores pour permettre aux non-voyants de traverser en toute sécurité. Rabaisser les trottoirs pour permettre le passage d’un fauteuil », déclare Frédérique Tarride. Des services comme le PAM (Paris Accompagnement Mobilité, lancé en octobre 2003) ont été mis en place, pour permettre aux personnes handicapées de bénéficier d’un service de chauffeurs mis à leur disposition. Dernière grande avancée, le lancement le 27 septembre du service « G7 horizons » (voir encadré).

Des progrès reconnus unanimement, par les officiels et par les associations. Le baromètre de l’accessibilité, réalisé par l’IFOP pour l’APF (Association des Paralysés de France), place ainsi Paris en en tête des villes les plus accessibles en ce qui concerne les transports. Les transports de la capitale sont accessibles à 37% aux personnes handicapées. « De gros progrès ont été réalisés pour la voirie et les transports en commun. Les bus aujourd’hui vont bientôt tous être équipés de rampes et de paliers automatiques. Ca avance bien », estime Jean-Marc Bernard, responsable accessibilité à la délégation parisienne de l’APF.

Une fierté pour le cabinet de Pénélope Komitès. « Nous avons mis particulièrement l’accent sur les réseaux de surface, comme le réseau de bus, avec 22 lignes totalement accessibles. Tous les nouveaux projets votés doivent être accessibles, pour tous les handicaps : moteurs, sensoriels, mentaux. Il y aura des inscriptions en braille, en pictos… », explique Frédérique Tarride.

Un chemin à peine entamé


Mais le secteur des transports n’est pas le seul dans lequel Bertrand Delanoë a promis de nets progrès en matière d’accessibilité. Dans les actes, c’est un autre constat qui s’impose. Si la volonté est affichée, les réalisations sont jugées trop ponctuelles par les associations de représentation des handicapés. « Les promesses sont plutôt bien accueillies puisqu’elles se réalisent. Mais dans les lieux publics, la loi n’est toujours pas respectée. Lors de nos visites de contrôle, on émet toujours environ un tiers d’avis défavorables, ce qui est beaucoup », déclare Jean-Marc Bernard.

Le classement des villes les plus accessibles, réalisé par l’IFOP pour l’APF, ne dresse pas un tableau forcément très reluisant des services offerts aux personnes handicapées dans la capitale. Cette étude, réalisée du 5 au 16 juillet 2004 dans 22 villes françaises, offre une base solide et empirique aux revendications des associations de représentation des personnes en situation de handicap face à la Mairie de Paris. Pour Paris, trois arrondissements jugés représentatifs : les 5ème, 7ème et 13ème arrondissements.

Premier constat, Paris n’est que la 9ème ville de France au palmarès de l’accessibilité. Avec un taux de 41,6% de ses établissements accessibles, elle est très légèrement au dessus de la moyenne nationale, mais est largement devancée par Strasbourg (58,6%), Besançon (54,8%) ou Bordeaux (51,5%).

Des taux qui révèlent toutefois des disparités importantes lorsque l’on compare les différents domaines d’accessibilité. Première dans les transports, Paris est en retard par rapport à d’autres villes françaises dans d’autres domaines. En ce qui concerne les bureaux de poste, l’accessibilité de Paris n’est que de 79%, faisant pointer la ville à la 8ème place. Et le constat est encore plus inquiétant en ce qui concerne l’accessibilité aux salles de cinéma (30% soit la 16ème place) et aux commerces de proximité (50% tout juste soit la 13ème place).

Jean-Marc Bernard explique ces disproportions : « Dans les commerces, notre situation est plus compliquée. Les établissements de cinquième catégorie, c’est-à-dire ceux d’une capacité de moins de 200 personnes, doivent obéir à la loi mais ne sont pas contrôlés, donc ils passent au travers ».

Autant dire que les chantiers à réaliser sont encore innombrables. Jean-Jacques Darmengeat, secrétaire général de l’APAJH (Association pour jeunes et adultes handicapés), déclare : « Des efforts on été faits, c’est indéniable. Mais ce sont toujours des réalisations ponctuelles, sans globalité. Il reste énormément à faire pour l’accueil technique mais surtout humain des personnes handicapées et de leur familles. Il faut penser surtout à la formation des personnels. Faire asseoir quelqu’un qui a du mal a rester debout, mettre à portée de main un objet difficile à atteindre. Ce sont des gestes simplement humains auxquels le personnel ne pense presque jamais ».

A la Mairie de Paris, on affirme mesurer l’ampleur des réalisations à accomplir. « On accueille les critiques tout à fait bien, on ne vit absolument pas dans l’autosatisfaction. Il reste beaucoup de choses à faire d’ici 2007, et même après. Nous accusons un retard certain par rapport aux pays du Nord, notamment la Suède. On avance, même si on est conscients que l’on n’est pas encore arrivés », dit Frédérique Tarride.

L’APF elle, se dit satisfaite des avancées accomplies : « La politique est bonne par rapport à celle de Jean Tibéri qui lui n’avait aucun remord à dire que les personnes handicapées n’étaient pas sa priorité. Au moins Bertrand Delanoë les a remis au centre de sa politique, et les bonnes intentions sont suivies de réels progrès », déclare Jean-Marc Bernard.

Reste le problème persistant de l’impact des actions de la Mairie de Paris. Car moderniser les transports ne fait pas tout. « On reçoit beaucoup de lettres de gens qui nous disent qu’ils rencontrent des problèmes de civisme. Des gens qui se garent sur un emplacement réservé, qui ne font aucun effort », explique Frédérique Tarride. « Globalement, il faut changer le regard que les gens portent sur les personnes handicapées. Notre boulot, c’est de casser les idées reçues », ajoute-t-elle.

Un problème qui dépasse le seul cadre de la politique vers les personnes handicapées. « Ici on ne parle pas que des personnes en fauteuil. Il y a aussi tous les handicaps sensoriels ou mentaux. Mais surtout, tout ce qu’on fait pour les personnes handicapées servira aux personnes âgées par exemple, qui elles aussi parfois ne peuvent pas se déplacer. Il faut former, sensibiliser, informer. Ce qui rend la vie plus facile aux uns, la rend plus facile aux autres. Ce qu’on fait, on le fait pour tout citoyen », déclare Jean-Jacques Darmengeat.


Sarah BENLOLO & Constance JAMET
8009 signes


























TAXIS POUR HANDICAPES,CE N’EST QU’UN DEBUT


« Allo, G7, je voudrais réserver un taxi pour fauteuil roulant... ». Depuis le 27 septembre, circulent à Paris une quarantaine de taxis aménagés pour les handicapés. Le service G7 Horizon
[1] est le dernier-né de la politique dynamique de la mairie de Paris en matière de transport et de handicap mais il connaît des débuts difficiles.

A l’origine, le vœu en 2002 du président de la compagnie, André Rousselet, de développer un « projet citoyen » : des taxis accessibles aux personnes à mobilité réduite. Il y a alors urgence. Seuls deux des 14 000 taxis parisiens peuvent accueillir des clients en fauteuil alors que la capitale compte 12 000 personnes handicapées. La G7 s’associe à l’APF (association des paralysés de France) pour répondre de manière optimale aux besoins des handicapés. Christophe Lévèque, directeur de la flotte et des services de la compagnie G7, se souvient : « L’APF nous a beaucoup aidé en testant le matériel. Grâce à elle, nous avons baissé la hauteur du siège et corriger les à-coups du moteur. Mais surtout, nous avons créé des taxis discrets également destinés aux personnes handicapées et aux valides donc beaucoup moins discriminants que les ambulances. Ce système est complémentaire du service PAM (Paris Accompagnement Mobilité) : les G7 permettent une organisation plus souple, nos clients n’ont pas besoin de prévoir leurs sorties une semaine à l’avance ».

Deux modèles seront retenus : un véhicule à siège pivotant et un à rampe d’accès. En 2004, la G7 se trouve un autre partenaire : la mairie de Paris qui propose de subventionner une partie des travaux d’aménagement du taxi à hauteur de 10% et lance un appel d’offre, la région Ile de France et la G7 couvrant respectivement 50% et 10% des frais. Les 30% restant soit 15 000€ sont à la charge du chauffeur qui est volontaire. Un moyen pour Christophe Lévèque de s’assurer de sa motivation: « En Belgique, tout a été subventionné et cela ne se passait pas bien, les chauffeurs n’étaient pas prêts à assumer la charge de travail supplémentaire.»

Pourtant, deux mois après le lancement de l’opération, les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions. « Nous n’enregistrons qu’une cinquantaine d’appels par jour ce qui est peu mais nous attendons beaucoup du bouche à oreille» explique Pacale Sœur, directrice de la communication de la G7. Christophe Lévèque déplore aussi le retard pris sur le calendrier à cause de tracasseries administratives. Les quatre véhicules avec rampe n’ont pu entrer en activité que le 2 décembre, la direction des Mines ayant posé des conditions draconiennes d’homologation des véhicules. L’association Yanous
[2] comme l’APF dénonce le prix de la course – la prise en charge peut atteindre 20€- et les délais –entre 20 et 40 minutes d’attente- dus au nombre insuffisant de véhicules desservant l’île de France. Christophe Levèque est bien conscient de ces difficultés. « A terme, si tout se passe bien, notre objectif serait de créer une flotte de 150 taxis et en multipliant les courses d’améliorer la rentabilité de l’opération pour les chauffeurs qui devront remplacer leurs véhicules tous les cinq ans ». Mais Jean-Marc Bernard de l’APF se veut rassurant. « Tous les retours, en grande majorité des personnes âgées, que nous avons eu sont enthousiastes». Premier bilan dans six mois…

Constance JAMET
2900 signes

[1] Téléphone 24h/24h, 7j/7 : 01.47.39.00.91
[2] Association basée sur le web qui recueille et publie des informations pour les handicapés francophones

Tuesday, November 23, 2004

Kerry got it completely wrong

Autre édito sur le même sujet qu'en allemand (que j'ai retraduit dans des pans entiers^^;, je m'auto-plagie^__^)mais cette fois pour ce bon Joe! Celui-ci a répondu sur ma copie à ma question "does that mean that American are dumb?" par un "absolutely" fracassant! Sacré Joe!

This morning, Europeans are waking up with a hang-over. Our most terrifying nightmare has become true: George W. Bush has been re-elected president of the United-States. Worst, against all our expectations, the results of this election are undisputable: Ohio 2004 was not Florida 2000. Bush has won not by a sliver but by a 3.5m wide margin. With 58.9m votes, he has performed the best score for a Republican candidate since Ronald Reagan in 1984! But the humiliation does not stop here. The Republican Party has also obtained an overwhelming majority in both the House of Representatives and the Senate. How is this possible? Does that mean that Americans are dumb ? Why has John Kerry lost? He was the best!

First and foremost, he was not as arrogant as his rival: he had respect for Europe, which he knew very well since he was of French and Czech descents. He respected international law and was a convinced proponent of the United Nations. He had nothing but praise for international cooperation and multilateralism and consequently was most critical of Bush’s course of action in Iraq. Second, Kerry was concerned with the preservation of the welfare state. He championed the Social Security and promised to improve the living conditions of the underprivileged American citizens (ethnic minorities, working and lower middle class). No doubt, Kerry was perfect…for us. Two weeks ago, a survey revealed 75% of Europeans voted Kerry. Too bad, it was the Americans and not us, Europeans, who were called to the ballot box!

And that’s why, Kerry’s defeat comes as no surprise. His campaign has completely missed the point and has not addressed the right issues that concerned America. On the war in Iraq, Kerry doesn’t seem to have perceived the depth of the traumatism surrounding September 11th‘s events. His proposal of a “global test”, which many falsely interpreted as a control from international community over America’s foreign policy, has sundered him the support of the voters. Many of them felt that the war on Iraq is justified because they had been attacked three years ago. Kerry has neglected the importance of patriotism. Likewise, Kerry has failed to see the relevance of moral values. Bush has fought the good fights, defending traditional family values: against abortion, against same sex union, for death penalty and religious zeal/devotion/affirmation. Karl Rove, Bush’s campaign’s advisor, has played a key part in the Republican tidal wave by organising referendums in eleven states about homosexual marriage. These ballots have helped to mobilize conservative voters, who would not have voted Bush or Republican otherwise.

But above all, Kerry’s main fault lies in his personality. He is a man of paradoxes and appears to the voters as incoherent if not weak. He was neither a proponent nor a disparager of gay marriage. Whereas his challenger to the Democrat nomination Howard Dean adopted a clear stance against the war in Iraq and advocated for its end, John Kerry, who in the Congress voted for it, condemned the conflict while maintaining troops in Iraq. Where was the difference with Bush’s program? It was hard to know where he stood and he did not inspire confidence. On the contrary, George Bush’s message did not weaver: the United States had to continue its war on terrorism and had the right to wage a pre-emptive war to defend itself. Whereas Bush appeared as a self confident commander in chief and a more able statesman in time of war, Kerry was regarded as a lunatic. Under these conditions, how could he ever win ?

Friday, November 12, 2004

Après le forum social européen de Londres, interrogations sur l’avenir du mouvement altermondialiste

Philippe Mudry: première collaboration avec Cécile -surveillez la demoiselle, elle ira loin et sera cet été sur les ondes de Radio Bleue à Pau puis cet automne stagiaire au magazine de France Inter, "Rue des Entrepeneurs"-. Sur le papier, le sujet avait l'air sympa mais une fois lachées dans la nature, quelle immense galère! Les trois quarts de nos interlocuteurs se trouvaient à l'étranger et nous n'avons jamais réussi à angler le papier comme le prof nous l'avait demandé...autrement dit un essai non transformé mais une enquête/phase préparatoire très intéréssante.

Le 18 et 19 décembre prochains se réunissent à Paris les ONG présentes au forum social européen (FSE) de Londres des 15, 16 et 17 octobre passés. L’accent a été mis lors de la rencontre sur l’opposition à la guerre en Irak. La manifestation du dimanche 17 avait ainsi été organisée autour de 4 mots d’ordre : « non à la guerre, non au racisme, non aux privatisations, pour une Europe de la paix et de la justice sociale ». Les protestations se sont multipliées chez les altermondialistes pour critiquer ce relatif délaissement des questions économiques au profit de thématiques politiques. Assisterait-on à une mutation du mouvement altermondialiste ?

"Non, à Attac nous sommes les premiers à regretter que l’on ait fait moins de place aux questions économiques et européennes" signale Christophe Ventura, chargé des Affaires Internationales à Attac. Symptôme du malaise, la participation est en baisse, Londres n'a accueilli qu’environ 20 000 visiteurs là où les FSE de Florence et de Paris en avaient attiré autour de 50 000.

Une culture anglaise de l'altermondialisme différente

Les sujets du libéralisme dans la Constitution européenne et de l’économie solidaire ont malgré tout trouvé une place équivalente à celle des autres FSE dans le programme de la réunion de Londres. Simplement, "le forum a toujours la couleur de l’étape locale où il se tient et s'est adapté au contexte anglais" explique Christophe Ventura. Ce qui a rendu le thème de la guerre en Irak particulièrement visible lors du dernier FSE.

C’est tout d’abord la faiblesse du mouvement anti-libéral en Angleterre qui explique cette situation. De l’autre côté de la Manche, c’est le mouvement anti-guerre qui est bien installé. La guerre en Irak est de plus perçue au Royaume-Uni comme un conflit avant tout économique. Fabrice Collignon d'Attac Belgique regrette ainsi que les Britanniques se focalisent sur un « épiphénomène » et ne voient le conflit irakien que comme « une conséquence directe du capitalisme ».

Un FSE non démocratique

En plus des cultures politiques différentes, il faut prendre en compte la politisation extrême du FSE de Londres. Le Social Workers Party (SWP), trotskiste, a été omniprésent dans l’organisation du forum. Les ONG anglaises ont mis du temps à s’engager dans le processus de préparation du forum. A l’arrachée, trois séminaires se sont ajoutés aux thèmes de racisme et de la guerre préliminairement choisis: constitution européenne, droits sociaux et justice globale.
De même lors du forum, le SWP a envahi l’espace de drapeaux, de stands et de tracts, s’assurant des représentants dans chaque débat tandis que les ONG ont peu mobilisé leurs troupes pour leur épargner la fréquentation des trotskistes. Peu d’informations ont circulé sur les mouvements autonomes et le sommet "off" qu’ils organisaient, "Beyond ESF"
[1].

Résultat de cet activisme du SWP, « des tensions qui ont dénaturé les débats » témoigne Julien Mettifeux, membre de la délégation française de l’économie sociale et solidaire. Beaucoup de participants sont rentrés scandalisés de ces pratiques. Pour Annie Poure, de l’association Droit Au Logement (DAL) et membre de No Vox[2], "Cette mainmise du politique était non démocratique et va à l’encontre de la charte de Porto Alegre qui déclare que ce sont les associations et non les partis politiques qui mènent le débat. » Lors de l’organisation de la prochaine rencontre, les altermondialistes se battront pour défendre les principes régissant les forums. Au forum mondial de Porto Alegre en janvier 2005, une nouvelle organisation va être testée. Ce seront les ONG et non plus le comité d’organisation qui décideront des thèmes des plénières.

Résistance de l’esprit altermondialiste

Les altermondialistes soulignent cependant que, selon la formule de Fabrice Collignon, "l’Irak n’a pas tout eclipsé. » Les débats autour des échanges commerciaux ont eu lieu. Pour M. Collignon, l’Irak était plus « beaucoup plus sexy et facile à publiciser pour les organisateurs" mais cela n’a pas empêché ce représentant d’Attac Belgique de participer à une table ronde sur la taxe Tobin avec des associations rencontrées au cours des précédents FSE. Pour lui, les réflexions avancent mais cela n’est rendu possible que par une collaboration qui va au delà des FSE. " Je fais partie du groupe européen sur la taxe Tobin, on est tout le temps en contact, on échange des courriers académiques, on se réunit quatre fois par ans" dit-il.

La fin des forums ?

Au-delà des obstacles liés au contexte britannique, les doutes des altermondialistes européens viennent d’abord de ce que la tâche qu’ils se sont assignée n’a rien de simple. « C’est compliqué de changer les choses ; on aurait réussi depuis longtemps si c’était facile » rappelle ainsi Jean-Michel Joubier de la CGT. La diversité du mouvement altermondialiste, décrit par Annie Poure comme « une sculpture de Kaldor, des mobiles évoluant autour d’une tige », est un second facteur de complexité. Les différents participants du dernier FSE mettent le doigt sur les mêmes difficultés.

Quelle conclusion en tirer ? Tandis qu’Attac ou Annie Poure de No Vox veulent sortir du système des forums tel qu’il a existé à Londres, d’autres comme Bernard Pinaud, délégué général du Centre de Recherche et d’Information sur le développement (CRID) soulignent les avantages du forum. Ce n’est donc pas la fin des FSE : le prochain se tiendra à Athènes, mais seulement mi 2006 et non fin 2005. Le temps pour les animateurs des forums de « sortir la tête du guidon » selon les termes de Christophe Ventura d’Attac.

Entre lenteurs et avancées

Les commentaires du dernier forum social européen ont pourtant été bien négatifs, tant dans la presse que parmi les participants. « Le forum social européen doit passer la seconde » déclare par exemple Julien Métiffeux. Beaucoup d’organisations qui ont participé au FSE de Londres en font un bilan mitigé. La principale critique contre le système des forums, ce sont ses difficultés pour ébaucher des alternatives solides au libéralisme économique. Jean-Michel Joubier, de la CGT, le rappelle pourtant : « le forum social n’est pas un lieu de propositions, mais un espace de discussion. » Dès le début néanmoins, les altermondialistes organisent des forums pour peser sur les processus économiques à l’œuvre.

Leurs efforts en la matière ont porté leurs fruits. En témoigne la reprise des thématiques développées lors des forums sociaux par les autorités politiques. En mai dernier par exemple, Jacques Chirac réunissait un groupe de travail sur les nouvelles contributions financières internationales[3]. Les batailles gagnées par les altermondialistes dans les ministères ou à l’OMC sont encore modestes mais elles se multiplient. Enfin, la principale victoire du mouvement altermondialiste pour Christophe Ventura d’Attac, c’est d’être parvenu à « une vraie prise de conscience de l’opinion » concernant la mondialisation.

Le défi de la réforme


L’insatisfaction devant la lenteur des progrès persiste malgré tout. Le débat ne concerne pas que les forums sociaux européens. A l’échelle mondiale, la participation de pays émergents comme le Brésil, la Chine ou l’Inde à l’économie globale, interroge le courant. « L’allégeance de Lula aux dogmes internationaux nous laisse un peu pantois » avoue ainsi Christophe Ventura pour Attac. Une attitude critiquée par les autres acteurs du dernier forum européen. « A Attac, ce sont des naïfs » commente ainsi Jean-Michel Joubier de la CGT.

Aujourd’hui, le vrai défi des altermondialistes d’Europe et d’ailleurs c’est de réussir à concrétiser leurs idées en faisant bouger les choses à la base dans chaque pays. Plus qu’une évolution des discours, il s’agit bien de la nécessité d’adapter les méthodes de travail à la réalisation des objectifs. Lors de la rencontre de décembre, il faudra, selon les mots de Bernard Pinaud, « mener une réflexion sur l’ensemble du processus », et ce, avant le forum d’Athènes.

Cécile Fandos et Constance Jamet
7915 signes

[1] « Au delà du FSE », sommet parallèle organisé entre autre par No Vox.
[2] « No Vox » groupement d’associations des « sans » : sans papiers, DAL, paysans sans terre etc.
[3] La table ronde était présidée par Jean-Pierre Landau, conseiller financier de la mission économique de l’ambassade de France à Londres.

Thursday, November 11, 2004

Das Tag, an dem Europa sich irrte

Un petit edito pour la prof d'allemand sur les elections américaines de lasemaine passée! Rien à dire sauf que le texte contient de nombreuses fautes et que ce fut assez douloureux à écrire ^^; et qui est comme d'habitude également beaucoup trop long! Bon courage aux lecteurs germanistes!

Am 4 November wachten die Europäer mit einem Kater auf. Entgegen allen Erwartungen waren die Amerikanischen Wähle ohne Spannung. Ohio war nicht ein neues Florida. Die Amerikaner haben mit beachtlicher Mehrheit (3,7 Millionen Stimmen) Präsident Bush ein Mandat für eine zweite Amtszeit erteilt. Und es war ein klarer republikanischer Erdrutsch im Senat und Repräsentantenhaus. In Europa ist George Bushs Sieg eine große Enttäuschung und eine schlechte Überraschung. In der Tat haben wir nichts von der Amerikanischen Präsidentschaftswahl verstanden.

Wir haben so sehr von John Kerrys Triumph geträumt, dass wir den Realitätssinn verloren haben. Einige Tage von der Wahl zeigte eine Umfrage, dass 75% Europäer für Kerry stimmten. In unseren Augen war er der Beste. Er mochte Europa gern und kannte es gut: er war von franzosischer Abstammung sogar. Ähnlich respektierte er die Vereinten Nationen und preiste den Multilateralismus und die internationale Kooperation an. Er wiederholte Kritiken gegen den amerikanischen Einsatz in Irak. Schließlich verteidigte er den Wohlfahrtsstaat, der ein gedrohtes Grundprinzip des Nachkriegseuropas ist. Während dem Wahlkampf hatte er versprochen, die Lebensbedingungen der Ärmsten zu verbessern. Das heißt, die Steuer der Wohlhabenden heraufzusetzen, um die staatliche Sicherheit zu retten, um das Budget des Schulwesens zu erhöhen. Leider war es nicht an uns, einen Stimmzettel in die Wahlurne zu werfen!

Im Gegensatz zu uns haben die Amerikaner nicht ein sozialeres, europäischeres oder pazifistischeres Amerika gewünscht. Sie teilen nicht Kerrys Meinung auf Außenpolitik. Die Europäer haben den Trauma des 11 September unterschatzt. Für die amerikanischen Bürger war der Krieg im Irak rechtgefertigt. Sie haben den Eindruck, dass ihre Leben in Gefahr sind, dass ihre Werte in Gefahr sind. Die Vereinigten Staaten waren angegriffen worden, sie mussten einen Gegenangriff starten. Die Anwesenheit von Waffen von massiver Zerstörung oder die Vorwurfe der internationalen Gemeinschaft sind von geringer Bedeutung, Amerika muss sich schützen und diesen Krieg gegen den Terrorismus erringen. Und wer ist besser gestellt, um den Krieg zu gewinnen als George Bush? Es kommt selten vor, dass während dem Krieg man seinen Stabchef ersetzt. Außerdem schien er nicht seine Meinung über Irak wie das Hemd zu wechseln wie Kerry. Der demokratische Kandidat hat für den Krieg gestimmt aber er erklärte ein Jahr später, dass der Krieg ein Irrtum war. Im Allgemeinen denken die Amerikaner, dass der Militäreinsatz im Irak ein gerechter Krieg ist, dass: Amerika den Irakern Freiheit und Demokratie „bringt“. Dieser Einsatz war ein moralische Pflicht.

Und die europäischen Media haben den Wahlkampf sehr schlecht berichtet. Sie haben nur internationale Probleme behandelt, für die die Europäer nicht die Amerikaner sorgten. Sie haben nicht die Wichtigkeit der Moral im Wahlkampf bemerkt. Bush hat die Wahl mit einem Verteidigungsprogramm der traditionellen amerikanischen moralischen Werte gewonnen. Wir haben nicht gesehen, dass die Wähler sich über ethisch-moralische Fragen wie die Ablehnung der Abtreibung, die Erhaltung der traditionellen Ehe, das öffentliche Bekenntnis zum Gottesglauben, den Todstrafe entschieden. Amerika ist konservativer als Europa. Es gibt eine tiefe Teilung zwischen den Städten, die sehr liberal progressiv sind, und dem Land, besonders im Süden, der sehr religiös und konservativ ist. Zum Beispiel, war die Organisation eines Referendums über das Verbot der homosexuellen Ehe in elf Staaten ein genialer Einfall. Diese Referenden haben die christlichen republikanischen Wähler zugunsten Bush mobilisiert.

Jedoch sollen wir nicht zu bitter und verzweifelt sein. George Bushs Sieg ist auch ein Sieg für die Demokratie. Die Wahlbeteiligung war die höchste seit dreißig Jahren. Jetzt bleibt eine ungeheuere Herausforderung für die Europäer. Die Amerikaner zu verstehen und vielleicht mit ihnen sich zu versöhnen.

Friday, November 05, 2004

Quand l’Amiral de Gaulle donne un cours d’histoire hagiographique

Marc Riglet :*roulements de tambour* je vous présente un des rares articles dont je suis très fière^^ Outre l'approbation et félicitations de l'adorable M. Riglet surnommé le "Petit vieux" amicalmeent par Fabienne, je me suis fait copieusement insultée pour l'écrire par Michel Tauriac dont je sollicitais l'interview sous pretexte qu je n'avais pas lu son pavé (de 1000 pages d'une semaine à l'autre pfff... et ce n'était même pas le sujet puisque j'écrivais sur les polémiques entourant l'ouvrage pas son contenu) et qui m'a servi de "vous êtes l'exemple de la dégénerence du journalisme comtemporain"... donc ce satifescit je l'ai mérité! Mais je précise que H. C. Giraud a été très gentil avec moi et m'a bien consolé sur le coup "ah mais Tauriac, mademoiselle, c'est un acariâtre depuis toujours!"


Les deux tomes de Charles de Gaulle mon père[1] de l’Amiral Philippe de Gaulle et Michel Tauriac se sont écoulés à 800 000 exemplaires. L’ambition proclamée de Michel Tauriac était de mettre à l’heure les pendules de l’histoire. Qui peut être alors mieux placé pour le faire que fils du général ? L’Amiral Philippe de Gaulle fut en effet le confident privilégié de son père, vivant dans son ombre. Et sur près de mille pages, à l’aide de ses souvenirs et de documents inédits l’amiral s’emploie à défendre et illustrer envers et contre tous la légende gaullienne.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce travail de mémorialiste ne fait pas l’unanimité. La veuve et des filles du colonel Paillole, qui fut chef du contre-espionnage français à Vichy de 1940 à 1942 tout en servant la Résistance, ont porté plainte pour diffamation contre l’amiral qui dans son ouvrage qualifie de « vichyssois » le colonel. « Que voulez vous que je vous dise ? » réplique agacé Michel Tauriac, qui ne craint pas le verdict que le tribunal rendra le 4 novembre, « Le sujet et succès de ce livre ne pouvaient que susciter des controverses et l’animosité des ennemis du général de Gaulle ». Et d‘affirmer que l’amiral a produit en justice six témoignages inédits de résistants imputant leur arrestation au colonel.

Historiens et familiers de la geste gaullienne ne sont pas convaincus. Henri Christian Giraud a pris la direction d’un livre collectif Réplique à l’amiral de Gaulle[2]. «Ce n’est pas parce que l’on est célèbre qu’on peut se permette de raconter n’importe quoi » explique-t-il. « Non content de déformer des épisodes douloureux et incontestés de l’histoire, l’Amiral se permet de porter des accusations très graves contre des hommes irréprochables. Peut-on croire que Jean Monnet, père fondateur de l’Europe était un agent américain payé à la commande ? que Saint-Exupéry fut un propagandiste de Vichy ?».

L’auteur sait de quoi il parle. Il est le petit fils du général Giraud dont l’évasion, prétend l’Amiral, fut organisée avec la complicité des Allemands. Insulte pour Henri Christian Giraud qui rappelle que 15 membres de sa famille furent déportés après de la fuite de son aïeul. Parole contre parole, querelles d’héritiers pour Michel Tauriac. Il s’emporte « On le connaît Giraud, son livre tombe des mains. Il ne fait que propager des bobards vichystes ». C’est faire bon marché des erreurs factuelles (chiffres, dates) entachant le livre de l’Amiral qu’Henri Christian Giraud relève. Par exemple, Philippe de Gaulle prétend que son père a appris l'arrestation de Jean Moulin une vingtaine de jours après la conférence d'Anfa, soit en février 1943, alors que l'affaire de Caluire date du 21 juin de la même année. L’Amiral prête également à son père des paroles désobligeantes à l’égard de Saint John Perse au lendemain de sa disparition. Or le poète est mort cinq ans après le général ! Plus grave, certaines allégations de l’Amiral contredisent… les Mémoires du Général. Si pour Philippe c’est Churchill qui a forcé de Gaulle à engager la bataille de Dakar, Charles de Gaulle écrit que c’est lui qui a convaincu Churchill du bien fondé de l’opération. S’il vivait encore Charles de Gaulle démentirait-il son propre fils ? Aux accusations, Philippe de Gaulle n ‘oppose qu’un silence superbe : « On pourra m'opposer toutes les archives possibles, je ne serai jamais convaincu ».

Convaincre, c’est pourtant ce que l’Amiral devra faire en décembre devant le tribunal de Montpellier. Il est, en effet, poursuivi en justice par des Harkis, pour avoir écrit que Charles de Gaulle ne s’était jamais opposé à l’arrivée de ceux-ci sur le sol français mais que les intéressés avaient préféré rester en Algérie. L’Amiral pousse trop avant ses vaisseaux. Son livre est sûrement celui d’un bon fils mais pas forcément celui d’un véritable historien.

Constance Jamet (3800 signes)

[1] Charles de Gaulle mon père tome 1 et 2, Philippe de Gaulle et Michel Tauriac, Plon, 22,80€
[2] Réplique à l’Amiral de Gaulle, Henri Christian Giraud (dir.), Edition du Rocher, 18,90€

Thursday, November 04, 2004

La « nuit américaine » la plus française de Paris

Chol/Kravetz/Muhlmann: autre papier pur le trio et énième grand drame. Au départ, une volonté denous envoyer sur le terrain la nuit de l'élection américaine et de montrer comment l'élection était vécue en France par les Français et la communauté américaine de Paris. Au terme de moult recherche avec Sarah, Fabienne [déjà la petite troupe de conspiratrices!] et quelques autres on finit par trouvé un point de chute sur une péniche démocrate et on se prépare à une longue nuit (au total je suis rentrée chez moi à 5h du mat'!)...mais sur place stupeur! Pratiquement que des Français, peu de direct avec CNN et une ambiance plombée... Panique comment raconter une histoire alors qu'il ne se passe rien ? C'est seulement au bout du quatrième jet que j'y suis parvenue au terme d'un premier papier rendu qui était une véritable catastrophe ambulante... Outre la panne d'inspiration, il y avait la fatigue et la nécéssité de le faire en temps limité... Dur, dur...!
A noter qu'une version de cet article existait en papier minute radio pour PE Deldique mais dans la précipitation de ce cours (rédaction en temps limité d'une demi-heure) et la fatigue puisque effectué quelques heures après mon retour de la péniche; l'original a été perdu^^;


« Il n’y a eu aucun débat. Les commentaires des journalistes étaient en français, langue que je ne pratique pas. En arrivant ici, je pensais trouver CNN » déclarait Robert, un Américain de passage à Paris. Il était 4h du matin, l’heure de la dispersion et de la déception pour les participants à la soirée Paris for Kerry, organisée sur la péniche K-Lounge en soutien au candidat démocrate. L’aube du 3 novembre n’était pas encore levée sur Paris mais la victoire de George Bush s’annonçait déjà clairement.

L’affiche de la soirée annonçait une « nuit américaine » avec expositions, concerts et conférences. La réalité fut tout autre : la nuit resta franco- française.

Retour en arrière, 23h45. A l’intérieur de la péniche ancrée à l’ombre des tours de Notre Dame sur le quai de Montebello, pas de pancartes Kerry/Edwards, des drapeaux américains voisinent avec des guirlandes roses Mickey. Sur les murs, quelques photographies du candidat en campagne. Mais celles-ci sont perdues au milieu des clichés en noir et blanc d’Igor, organisateur de la soirée et ce soir l’artiste exposant. Français, il voyage souvent aux Etats-Unis où il a de la famille. Son regard de photographe s’attarde sur les rues américaines : gros plan sur les supermarchés, les trottoirs et les clochards de Los Angeles et San Francisco. On distribue un article du Figaro sur les origines françaises des deux candidats. Il paraît que si John Kerry a une mère française, George Bush a, lui, un patronyme français[1].

Le public, une centaine de personnes, est lui aussi majoritairement français et affiche peu de convictions pro Kerry. Seul un jeune homme aborde un signe distinctif, un T-shirt où est inscrit « Florida for Kerry ». Pour tromper l’attente, les artistes se succèdent sur scène et si la chanson américaine est à l’honneur, l’ambiance n’en demeure pas moins française. Perry ouvre le bal avec des reprises de standards du rock (Bruce Springsteen, Eric Clapton) avant de livrer ses dernières compositions…rédigées en français ! Puis les slameurs rappent dans la langue de Molière. De l’élection et de John Kerry, il est peu question. On dénonce la guerre, les attentats, le racisme, le communautarisme, la vie dans les banlieues d’Ile de France... Ainsi Tsunami chante « Moi j’dis respect des communautés/J’suis contre les kamikazes et les armées/ils enlèvent aux femmes la gaieté/faisant d’elles des veuves qui s’éveillent (...)/pour qu’un jour on puisse dire vive la paix et l’immigration ». D’autres se mettent en scène comme Aymé, qui dans l’égotrip d’Aymé proclame « Dans Aymé il y a (h)ai(ne) et (ai)mé/Haine n’est pas Aymé/Aymé aime aimer » .

Les premiers résultats tombent vers 1h30. L’écran géant diffuse…LCI. Les présentateurs font état de rumeurs favorables à John Kerry. Dans la salle, quelques cris de joie. Une heure plus tard, la tendance s’inverse. Sur fond d’images de longues files d’attente aux bureaux de vote, les envoyés spéciaux dans l’Ohio et en Floride annoncent qu’ils ne peuvent rien annoncer, les scores sont trop serrés. Sur le plateau, le bilan de George Bush en Irak passe en boucle. La péniche se vide. Igor coupe le son de la télé. Les slameurs reviennent pour entonner une élégie de « Paris et ses petits ponts ». A 3h ne restent plus qu’une dizaine de noctambules, les étudiants en journalisme, et trois citoyens américains qui assistaient à la soirée. Celle-ci les a laissés sur leur faim. Evelyn, une étudiante américaine, regrette le choix de LCI : « leur traitement de l’information est très français…très intellectuel, aux Etats-Unis on est plus sportif. Leurs reportages comportent des approximations, les Red Socks ne sont pas une équipe de football américain mais de base ball ! ». Robert, comme elle, se plaint du traitement de l’information par LCI « C’est dommage de n’avoir insisté que sur les points qui parlaient aux Français comme l’Irak. D’autres enjeux comme l’environnement ou l’économie étaient importants ». Marc, un des rares Français encore présents, formule les mêmes reproches : « J’avais choisis la péniche K-Lounge pour sortir d’une vision française. Je pensais que je comprendrais mieux la culture américaine, que je l’approcherais au plus prêt. En fait, j’aurais pu rester chez moi, allumer la télé, cela aurait été la même chose». La nuit américaine, ce sera pour une autre fois, Kerry aussi…

Constance Jamet 4403 signes


[1] Le nom de famille Bush viendrait du mot français boucher

Tuesday, November 02, 2004

L’épuration des journalistes : sévère ou complaisante ?

Une petite chronique pour le cours d'Histoire des media d'Agnès Cheauvau...Le cahier des charges n'est pas vraiment respecté si ce n'est pour la longueur car on reste encore bien trop proche du ton de l'exposé que celui de l'humour et de l'impertinence de nos chroniqueurs radio. Petit écrit assez insignifiant donc...





La libération et l’épuration qui la suit constituent une période d’exception à tous les sens du mot dans l’histoire de la presse française. Comme à l’époque de la Terreur révolutionnaire les mots sont aussi lourdement punis que les actes. Et les journalistes qui ont écrit et publié pendant les années noires doivent rendre des comptes aussi bien que ceux qui ont combattu ou travaillé pour l’occupant. Plus encore que les écrivains ou les acteurs, ils paieront un lourd tribut qui sanctionne paradoxalement l’importance de leur métier.

Pendant quatre ans, la presse a véhiculé la propagande des Allemands. Les journaux ont été transformé en vitrine de la collaboration dont les journalistes se sont fait les porte drapeaux. On les accuse d’avoir corrompu l’esprit publique. Il s’agit d’abord de punir les hommes.

Les cours de Justice crées par l’ordonnance du 26 juin 1944 jugeront sans faiblesse les cas les plus graves. Jean Luchaire, directeur des Nouveaux Temps, Georges Suarez, directeur d’Aujourd’hui sont condamnés à mort et exécutés, Charles Maurras (Action Française), Henri Beraud (Gringoire), Lucien Rebatet (Je suis partout) sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité Le procès de Robert Brasillach, intellectuel subtile, délicat romancier mais aussi rédacteur en chef de Je suis partout, crée un malaise. « La justice ne peut fusiller des âmes » plaide son avocat. Alors que la nouvelle génération de journalistes issue de la résistance où les communistes influents exigent une sévérité exemplaire, François Mauriac, Jean Anouilh recueillent de nombreuses signatures en vue d’obtenir sa grâce. Albert Camus, lui même, pourtant, partisan d’une épuration rigoureuse, rejoint les pétitionnaires. En vain, Brasillach est fusillé le 6 février 1945. Même dans le climat passionné de la période, le contraste entre une telle sanction et la relative impunité des industriels qui ont largement profité de la collaboration pose problème. Pour compléter le dispositif judiciaire, des chambres civiques prononcent de nombreuses peines d’indignité nationale.

Quant à ceux moins connus ou compromis qui échappent aux poursuites judiciaires, beaucoup d’entre eux tombent sous le coup d’une épuration professionnelle méticuleuse mise en place par l’Etat. L’exercice du métier est subordonné à l’obtention d’une carte d’identité professionnelle que seule la commission nationale de la carte d’identité du journaliste est habilitée à délivrer. Le gouvernement lui octroie en mars 1945 les pouvoirs d’une commission d’épuration. Chaque aspirant journaliste doit justifier de ses activités pendant l’occupation. Sur 8200 dossiers, 687 sont écartés. Si une peine sur dix est réduite par la commission supérieure composées de vieux briscards du journalisme que les plus jeunes accusent de mansuétude, 7% des candidatures sont définitivement rejetées, un chiffre bien plus élevé que dans l’administration. D’une manière plus générale, sanctionnés ou non, les journalistes ayant eu une activité professionnelle entre 1940 et 1944 se retrouvent au banc de la profession au moins pour quelques années. Les plus chanceux se recasent dans le rewriting ou reprennent leurs carrières sous pseudonyme à l’exemple de Robert Julien Courtines qui tiendra la rubrique gastronomique du Monde sous le nom de Grimaud de la Rémière.

La fermeté de l’épuration qui touche les journalistes trouve son aboutissement dans l’épuration de la presse. Au delà de la condamnation des personnes, le projet qui sous tend l’épuration répond à une fin morale. L’occasion paraît idéale, sur les ruines de la « presse de la trahison » d’empêcher la renaissance de la presse vénale des années 20, propriété des grands industriels.

A la suite des ordonnances de juin 1944, sont suspendus d’office tous les journaux publiés à partir du 25 juin 1940, fruits de la défaite et de l’armistice. Sont aussi concernés tous les journaux existants de la zone Nord ayant paru après cette date. En zone sud sont interdits les titres parus après le 25 novembre 1942, soit quinze jours après l’invasion de la zone libre. Les biens des journaux suspendus sont placés sous séquestre et leurs locaux donnés aux journaux issus de la Résistance. Les ordonnances de septembre 1944 transformeront la suspension en suppression définitive. Cet assainissement de la presse est brutal et s’applique indifféremment à tous les titres quelque soient leurs « actes de résistances ». D’aucuns perçoivent cette stratégie du « ôte toi de là pour que j’m’y mette » comme un règlement de comptes. Des journaux tels la Dépêche de Toulouse qui avait résisté aux consignes de la censure de Vichy et payé un lourd tribut à la Gestapo est suspendue et remplacée par des journaux de la Résistance (le Patriote,la République). Autre victime de l’arbitraire, le Temps. Bien qu’il se soit sabordé comme le Figaro en novembre 1942, il n’obtient pas d’autorisation pour réapparaître en 44. Motif : il n’a cessé de paraître que le 29 novembre 1942 soit 4 jours après la date fixée par l’ordonnance. Un classement sans suite de la Cour de justice n’y fera rien. La mort du journal est programmée pour cause « révolutionnaire». Aucun crime anti-patriotique ne lui est reproché, mais il est accusé d’être l’organe des trusts qui ont corrompu la presse d’avant guerre. Cette disparition favorise le nouveau venu qui le remplace, Le Monde, qui fera la carrière que l’on sait ce qui hélas ne sera pas le cas des titres la presse épurée qui disparaîtront pour la plupart à moins qu’ils ne retombent sous la coupe du « Grand capital ».